Le poids caché des polices web
Une identité typographique se paie en octets, et la facture est souvent démesurée : quatre graisses d'une famille classique en WOFF2, c'est facilement 400 Ko, soit davantage que le HTML, le CSS et le JavaScript réunis d'un site sobre. Trois leviers ramènent ce poste à la raison, sans renoncer au caractère.
La police variable d'abord. Une seule ressource couvre tout l'axe des graisses : là où quatre fichiers statiques dépassent 350 Ko, une variable sous-ensemble latin en pèse quelques dizaines. À charge égale, l'espace de design s'élargit, du plus fin au plus gras, sans multiplier les requêtes.
Le sous-ensemble ensuite. Un site français n'a pas besoin des glyphes cyrilliques, grecs ou vietnamiens. Le découpage unicode-range (que next/font applique automatiquement à la construction) évite de charger ce qui ne sera jamais affiché. Gain courant : 60 à 80 % du poids initial.
La discipline enfin. Deux à trois familles suffisent à une hiérarchie complète : une voix pour les titres, une pour le texte, une monospace pour les données chiffrées. Chaque graisse supplémentaire doit justifier sa présence, et font-display: swap garantit que le texte reste lisible pendant le chargement : la typographie est un raffinement, jamais un préalable à la lecture.
Sur ce site, tout le poste typographique tient dans une seule superfamille auto-hébergée, IBM Plex : la Sans, variable, porte les titres comme le texte ; la Mono cadence les données chiffrées. Le tout servi depuis notre propre domaine et mis en cache pour toute la durée de la visite, sans aucune requête vers un service tiers : une police ne devrait jamais être un traceur.